Cette pièce s’appelle “Regardez le !” en référence à une phrase de Philippe Caubère tirée d’un de ses spectacles intitulé “Les enfants du soleil”. A la fin de cette phrase, dans son spectacle, le début de la Passion selon St Matthieu retentit, dans un moment particulièrement dramatique et émouvant. L’idée m’est alors venu de “voler” cette phrase (avec son autorisation bien sûr), et de me substituer à Jean Sébastien Bach (dans un moment d’orgueil et d’égarement).
Même si ce moment n’est plus si significatif une fois ma pièce achevée, c’est grâce à cela qu’elle existe.
En effet “Regardez-le !” possède maintenant quatre parties distinctes, qui forment presque le squelette d’une structure de symphonie “classique”.
Mais le langage, et l’utilisation de l’électronique, font que ce n’est évidemment pas une symphonie classique.
Ainsi dans le second mouvement, qui joue le rôle du scherzo, j’ai donné à l’orchestre (dont les instruments ne jouent pourtant que des notes et pas d’effets sonores ou bruités) le rôle de bruiteur d’un jeu vidéo.
Pour la troisième partie, “l’adagio”, j’ai analysé (grâce à l’aide de Gérard Assayag, responsable de l’équipe Représentations Musicales de l’Ircam) divers échantillons sonores de voix parlée, qui m’ont permis de définir des harmonies que j’ai ensuite orchestrées. Durant le concert, ces voix sont jouées par l’ordinateur, l’orchestre joue les accords tirés de ces voix, et mon but était que dans une fusion parfaite (mais évidemment hypothétique), l’auditeur ait l’impression que l’orchestre sonne comme une voix humaine.
This piece is entitled “Regardez le !” or "Look at him”, in reference to a quote from the actor and playwriter Philippe Caubere, whom I particularly admire.
In the play from which this quote is excerpted, right after this sentenced is pronounced, one can hear J.S. Bach's St Matthew Passion. I've always thought this part of the play was particularly dramatic and moving.
The idea came to my mind to "steal" Caubere's sentence (with his authorization of course) and to replace Bach's music with mine (obviously in an egotistic moment of confusion and mental aberration!).
Even though this quote is not that important in the finished piece, it certainly acted as a trigger for my imagination.
"Regardez le !" is structured almost like a traditional classical symphony, although the musical language and the use of the electronic are not classical at all.
For example, in the second movement, which could be considered as the Scherzo, I composed a music that would make the orchestra sound like a big video game.
For the third movement, the Adagio, I recorded and analyzed the timbre of different voice samples (thanks to softwares developed at Ircam, the Pierre Boulez Institute in Paris) and then excerpted from these samples the harmonies that I would orchestrate afterwards.
During the concert, these voices are played by the computer simultaneously with the instruments playing. My goal was to obtain a perfect fusion (hypothetical of course), which would give the listener the feeling that the orchestra can speak.
Even though this music was composed in a somehow formal framework, I hope it demonstrates primarily a great freedom of imagination.
Cette pièce utilise un des tout premiers thèmes que j’ai composé, et qui a jalonné toute ma vie. On le retrouve sous différentes formes de manière récurrente dans ma musique : “Untitled” autour de1983, “Manhattan” en 1986, “The same spot” en 1991, “Qohelet” en 1993, et “Chant de mort” en 2000.
J’ai écrit la musique de “La chasse infinie” en voulant concilier trois univers différents quoique tous “méditerranéens” : celui du poète Frédéric Jacques Temple, celui des chanteurs corses d’ “A Filetta”, et le mien.
En art et en musique en particulier, j’ai toujours pensé qu’il était plus facile d’être grave que léger. Comme son titre l’indique, « And death » est pourtant une pièce grave.
Vladimir Nabokov, qui est le créateur non musicien qui a sans doute le plus contribué à former mon goût et ma manière de penser, était génialement doué pour le bonheur. A la question « qu’est ce qui vous surprend dans la vie ? », il avait répondu : « le prodige de la conscience, cette fenêtre qui s’ouvre brusquement sur un paysage ensoleillé au milieu de la nuit du non être ».
Comme je suis encore loin d’avoir atteint la sérénité du grand Vladimir, « And death » est une pièce sur les horreurs et tourments de la conscience et de la nuit du non être.
Son titre est emprunté aux premiers mots du poème de Dylan Thomas « And death shall have no dominion ».
J’ai écrit cette pièce à la demande de François-Xavier Roth, spécialement pour ce concert. Elle s’appelle Copla en référence aux anciens chants judéo-espagnols dont s’inspire le thème de violoncelle qui débute et clôt la pièce ; mais aussi pour évoquer le mot coplanaire, sur un même plan, dans le même monde.
Composer une pièce qui rend hommage aux victimes d’une tragédie est quelque-chose de très délicat, en ce sens qu’on ne veut pas émouvoir "à bon compte". Il serait tout aussi déplacé d’être exubérant. La voie est étroite, le temps compté, et ceci explique le choix d’un langage d’une grande simplicité, parfois tonal, ce qui n’est pas forcément mon registre habituel. L’utilisation des outils informatiques et leur alliage avec les instruments traditionnels font en revanche partie de mon langage. Ainsi dans la partie centrale de Copla, les cordes fusionnent mélodiquement, harmoniquement puis "spectralement " avec diverses voix humaines transformées grâce aux outils informatiques. J’espère qu’à l’audition, ce que l’on retiendra de cette musique est son humilité.
Cette pièce a été écrite à l'occasion des 80 ans du poète F.-J. Temple.
Elle me semble contenir de manière elliptique certains des thèmes qui lui sont chers : le chant grégorien qu'il a pratiqué enfant (le contour mélodique), la fascination pour les ailleurs (les rythmes rituels).
L'intervalle principal de la pièce (Ré-La) fait référence à l'Art de la fugue de Jean-Sébastien Bach, oeuvre que j'ai découverte durant ma petite enfance, lors du spectacle de Jacques Bioulès basé sur un cycle de poèmes écrit par F.-J. Temple intitulé "Dix poèmes pour l'Art de la fugue" (Editions de l'arbre).
Après avoir entendu Michael Abramovich jouer les Variations Goldberg - avec toutes les reprises - lors du mémorable concert précédant son départ de New York pour Berlin, j'étais résolu à lui écrire un jour une pièce.
Ces Neuf Etudes pour piano sont écrites comme le reste de ma musique, avec le souci d'intégrer la musique instrumentale aux outils naturels de mon époque, et de trouver un juste équilibre entre une démarche formelle et une attitude intuitive.
Ces Neuf Etudes aux deux mondes ont une architecture relativement symétrique autour de l'étude 5, en unisson. L'étude 1, aux notes répétées renvoie à l'étude 9. L'étude 2 présente un matériau mélodique et harmonique que l'on retrouve dans l'étude 6. Les études 3 et 7 sont construites sur différents spectres sonores. Enfin, l'étude 4 et l'étude 8, utilisent le même matériau harmonique à 4 voix en accords.
Les outils informatiques utilisés ont été volontairement nombreux : traitement divers de sons de piano et autres, synthèse additive, F.M., par modèle physique, etc. Ainsi, la partie électroacoustique de la musique n'est pas liée à une technique trop spécifique, et fait preuve, j'espère, d'une grande liberté dans un cadre pourtant formel.
L'invitation au voyage, tout comme Brandenburg, est une pièce "américaine". D'abord parce que l'on peut - malgré la présence des nouvelles technologies - la faire jouer facilement sans le support d'une institution musicale à l'européenne. Enfin parce que c'est l'éloignement d'avec ma langue natale, qui est à la genèse de la pièce. Du fait de l'exil, s'est créé en moi un sentiment de nostalgie pour la langue française ; ce n'est qu'après en avoir été "privé" que j'ai aimé ma langue.
Harmoniquement, cette pièce possède une certaine transparence, une sérénité, tout ce que j'éprouvais face aux peintures de Georges De La Tour, qui me semblaient alors si "françaises" et dont je me sentais enfin, et pour la première fois, si proche.
Brandenburg, pièce écrite pour violon solo et ordinateur, est un double hommage : à la musique pour violon de Johann-Sebastian Bach, et à l'Offertorium de Sofia Goubaïdoulina qui est lui même déjà un hommage à ce compositeur.
La partie informatique est réalisée non seulement à partir de sons réels de violons transformés sur ordinateur (notamment de mon quatuor à cordes), mais aussi de sons de cordes virtuels, un violon avec des cordes en or par exemple, grâce à la synthèse sonore par modèle physique, découverte avec ma pièce Qohelet.
Qohelet, l'Ecclésiaste en hébreu, est le livre qui m'a le plus fasciné dans ma lecture tardive de la Bible. Pour ma pièce, j'ai utilisé une traduction américaine et celle de Chouraqui où fumée de fumées, tout est fumée remplace le fameux vanité de vanités, tout est vanité.
Chouraqui pour qui le mot fumée semble mieux traduire le "habel" hébreu (à mon sens on perd quand même la poésie et le rythme de vanité), souligne que le mot vanité prête à confusion. Ce qui est vain est ce qui est sans valeur et parler de vanité implique un jugement de valeur. Or le mot "habel", est particulièrement concret. Qohelet ne porte pas de jugement de valeur sur le réel, il dresse un constat : tout est fumée. La pensée de l'Ecclesiaste est donc beaucoup plus métaphysique que moralisante. Je n'en dirai pas plus sur Qohelet car les jeux intellectuels de ses commentateurs sont souvent, eux aussi, fumée !
Ma pièce, en trois parties, est écrite pour mezzo, percussion et électronique.
Bien qu'ayant favorisé, dans mon travail de création des sons, la synthèse par modèle physique, j'ai également utilisé tous les programmes existant à l'Ircam , aussi bien que des programmes commerciaux. Ainsi je n'ai jamais été lié à un type de synthèse où d'assistance informatique quelconque, mais au contraire, j'ai pu choisir pour chaque aspect de ma pièce, la solution qui puisse, au plus près, servir ma pensée musicale.